Retour sur notre Commission du réseau : des actions concrètes face aux inégalités sociales de santé
Le 24 septembre 2026, France Assos Santé Île-de-France a réuni son réseau à la Maison de la Conversation à l’occasion d’une Commission du réseau consacrée aux inégalités sociales de santé (ISS). De l’accès aux soins à l’alimentation, en passant par la santé sexuelle, l’habitat ou encore l’éducation thérapeutique, cette journée a permis de partager des initiatives concrètes et de réfléchir collectivement aux leviers permettant d’agir sur les inégalités de santé.
Cette journée s’inscrivait dans la continuité de l’enquête menée par France Assos Santé Île-de-France sur les inégalités sociales de santé et des travaux conduits avec notre groupe de travail interassociatif consacré aux ISS.
Un constat a guidé cette Commission du réseau : les inégalités sociales de santé sont multiples et trouvent leurs racines bien au-delà du seul système de soins. Conditions de vie et de logement, alimentation, éloignement géographique, accès à l’information et aux droits, isolement de certains publics ou encore difficultés à accéder à des dispositifs adaptés sont autant de facteurs sur lesquels il est possible d’agir.
L’objectif de la journée était donc de partir des actions de terrain, de partager ce qui fonctionne et de mettre en lumière des méthodes susceptibles d’inspirer d’autres acteurs du réseau.
Des actions en partage : quatre expériences pour ouvrir la journée
La matinée s’est ouverte par une table ronde réunissant quatre initiatives qui, par des approches différentes, agissent sur les déterminants de la santé et les difficultés d’accès aux soins.
Ting Chen, des Roses d’Acier, et Eve Derriennic, de Médecins du Monde, ont présenté l’expérience du Lotus Bus, programme historique d’accès à la santé et aux droits auprès des travailleuses du sexe chinoises. Les échanges ont notamment permis d’aborder les démarches d’« aller-vers », la construction d’une relation de confiance avec des personnes parfois éloignées des dispositifs de droit commun et la place des personnes concernées dans les actions qui leur sont destinées.
Dr Hélène de Champs Léger, coordinatrice de la Permanence d’accès aux soins de santé (PASS) de l’Hôtel-Dieu, a partagé l’expérience d’un dispositif confronté quotidiennement aux situations de grande vulnérabilité et aux ruptures d’accès aux soins. Son intervention a notamment permis d’interroger l’intelligibilité du système de santé pour les personnes en situation de précarité et les complémentarités possibles entre PASS et associations.
Christophe Jolivet, directeur de la Communauté professionnelle territoriale de santé Paris 20, a évoqué l’intérêt d’une approche territoriale et de la coordination entre professionnels pour mieux atteindre les personnes éloignées du système de santé et apporter des réponses adaptées aux besoins d’un territoire.
Enfin, Émilie Martin, coordinatrice de programmes à Action contre la Faim, a présenté Vital’Im, expérimentation menée en Seine-Saint-Denis autour de la précarité alimentaire. Cette initiative a permis d’élargir les échanges à un déterminant majeur de la santé : la possibilité, pour chacun, d’accéder à une alimentation suffisante, saine et durable.
À travers ces quatre expériences, plusieurs questions ont traversé les échanges : comment aller vers les personnes qui accèdent difficilement aux dispositifs existants ? Comment construire une relation de confiance ? Comment mieux associer les personnes concernées ? Comment coordonner les acteurs d’un même territoire ? Et quelles pratiques peuvent être reprises ou adaptées par d’autres associations ?
L’après-midi, quatre stands pour découvrir les initiatives du réseau
Après la table ronde, la Commission s’est poursuivie sous un format différent. Quatre stands ont permis aux participants d’aller directement à la rencontre des porteurs de projets, de découvrir leurs méthodes et outils et d’échanger autour des conditions concrètes de mise en œuvre de leurs actions.
De la santé sexuelle au saturnisme infantile, en passant par la nutrition et les politiques alimentaires locales, ces quatre initiatives ont également permis d’illustrer la diversité des déterminants sur lesquels il est possible d’agir pour réduire les inégalités sociales et territoriales de santé.
AIDES : un « Bus 2.0 » pour aller vers les HSH en Seine-et-Marne
Comment proposer une offre de santé sexuelle adaptée dans un département étendu et en partie rural, où les lieux communautaires LGBTQ+ sont rares et où certaines personnes souhaitent accéder à la prévention et au dépistage de manière discrète ?
C’est à cette problématique que répond le Bus 2.0 développé par AIDES en Seine-et-Marne. Le dispositif s’adresse aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), dans un territoire où l’éloignement géographique, la désertification médicale, le faible recours à la PrEP ou encore la difficulté à disposer d’espaces communautaires constituent autant de freins à l’accès à la prévention.
L’originalité de l’action réside notamment dans son caractère hybride. AIDES combine une « maraude numérique », réalisée sur des applications et sites de rencontre géolocalisés, avec la présence physique d’une unité mobile sur des emplacements choisis pour permettre un accueil discret. Des entretiens individuels de réduction des risques, des dépistages rapides du VIH, des hépatites et de la syphilis, ainsi que différents outils de prévention peuvent alors être proposés. Pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer, l’accompagnement peut également aboutir à l’envoi postal d’un autotest VIH et de matériel de prévention.
En 2025, 1 820 personnes ont été informées de l’existence de l’action, 45 entretiens de réduction des risques ont été réalisés et 21 ont été complétés par un dépistage TROD. L’action a également permis la distribution de préservatifs, de lubrifiant et de 41 autotests VIH, dont 24 envoyés par voie postale. Poster_Action Bus 2.0 (AIDES) (…
Cette initiative illustre concrètement comment l’« aller-vers » peut aussi se penser à travers les usages numériques et s’adapter aux contraintes géographiques des personnes.
Voir le Poster AIDES
AFVS : aller au domicile des familles pour prévenir le saturnisme infantile
Avec l’Association française des victimes du Saturnisme (AFVS), les participants ont découvert un autre déterminant majeur de la santé : le logement.
Le saturnisme est une intoxication au plomb qui touche particulièrement les jeunes enfants et dont l’une des principales sources demeure l’exposition aux peintures au plomb présentes dans les logements anciens et dégradés. Malgré les progrès réalisés au cours des dernières décennies, le risque persiste et le dépistage connaît une baisse, notamment en Île-de-France.
Dans le Val-de-Marne, l’AFVS conduit depuis juillet 2025 une action de prévention du saturnisme infantile ciblant prioritairement les secteurs caractérisés par un habitat ancien ou dégradé. La démarche repose là encore sur l’« aller-vers » : porte-à-porte, visites à domicile, identification des facteurs de risque liés au logement, information des familles et orientation vers les dispositifs adaptés. L’association travaille également à la mobilisation des professionnels de santé, de la périnatalité, de la petite enfance, du secteur social et de l’habitat.
Cette action montre combien santé, logement et situation sociale sont étroitement liés et combien la lutte contre les ISS suppose de décloisonner les interventions. Plusieurs centaines d’habitants ont déjà été sensibilisés aux risques liés au plomb et aux moyens de prévention.
Voir le Poster_AFVS
AFD Île-de-France : accompagner les personnes diabétiques sur les enjeux de nutrition
Le stand de l’Association française des diabétiques (AFD) Île-de-France était consacré à l’accompagnement des personnes vivant avec un diabète et, plus particulièrement, aux enjeux de nutrition.
Dans le cadre de ses programmes d’Education thérapeutique du patient (ETP), l’association organise des ateliers collectifs permettant d’aborder l’équilibre alimentaire, les glucides et les sucres, les lipides, le sel ou encore les méthodes culinaires. Son approche ne se limite toutefois pas aux recommandations nutritionnelles : l’AFD travaille également sur l’environnement alimentaire et la capacité des personnes à décrypter les étiquettes, les allégations commerciales, les produits ultra-transformés, les additifs, pesticides ou polluants.
Les ateliers reposent sur des supports pédagogiques, des livrets thématiques, des films, mais aussi sur les échanges entre participants. Groupes de parole, entretiens individuels, ateliers collectifs et projections-débats permettent ainsi de croiser transmission de connaissances et prise en compte du vécu des personnes. En 2025, les ateliers ETP de l’AFD Île-de-France ont réuni 168 participants.
Ce stand a ainsi rappelé que l’accès à l’information et la capacité à s’approprier des connaissances utiles à sa santé constituent également des enjeux importants dans la lutte contre les inégalités de santé.
Voir le Poster AFVS
PAT de Gennevilliers : faire dialoguer politiques de santé et d’alimentation
Enfin, la ville de Gennevilliers est venue présenter sa stratégie municipale articulant alimentation durable et santé.
Dans une commune de 50 000 habitants où 44 % de la population vit dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, la municipalité a progressivement rapproché deux politiques publiques initialement distinctes : son Contrat local de santé (CLS) et son Projet Alimentaire Territorial (PAT).
L’enjeu : intégrer davantage les questions d’alimentation durable aux dispositifs de santé et, réciproquement, prendre en compte les enjeux de santé dans les politiques alimentaires. Cette coopération se traduit notamment par un fonctionnement en binôme entre les équipes alimentation et santé-prévention, des ateliers communs lors d’événements municipaux, des formations interprofessionnelles et la recherche de financements communs.
Cette transversalité a déjà permis d’intégrer les enjeux d’alimentation durable dans différents dispositifs de sensibilisation, de développer une présence conjointe alimentation-santé lors de grands événements municipaux et d’introduire davantage les enjeux de santé dans des projets consacrés à l’alimentation durable.
L’expérience de Gennevilliers met ainsi en évidence un autre levier de lutte contre les ISS : faire travailler ensemble des politiques et des professionnels qui interviennent sur des déterminants différents mais étroitement liés de la santé.
Voir le Poster PAT de Gennevilliers
Des projets différents, des leviers communs
Santé sexuelle, accès aux soins, alimentation, maladies chroniques, logement : les initiatives présentées au cours de cette Commission du réseau interviennent sur des réalités très différentes.
Elles font pourtant apparaître plusieurs leviers communs : aller vers les personnes plutôt que d’attendre qu’elles sollicitent les dispositifs ; adapter les actions aux réalités des territoires et aux conditions de vie ; mieux associer les personnes concernées ; rendre l’information accessible ; et renforcer les coopérations entre acteurs de la santé, du social, du monde associatif et des collectivités.
La journée a ainsi rappelé que la réduction des inégalités sociales de santé ne relève pas d’une action unique. Elle suppose au contraire d’agir simultanément sur différents déterminants de la santé et de partir des réalités vécues par les personnes.
Poursuivre la dynamique avec notre réseau
Cette Commission du réseau s’inscrit dans un travail engagé depuis deux ans par France Assos Santé Île-de-France avec ses associations membres autour des inégalités sociales de santé.
En donnant à voir des initiatives déjà mises en œuvre sur les territoires, l’objectif est aussi de faire circuler les pratiques, favoriser les rencontres entre acteurs et permettre à chacun de s’inspirer d’expériences développées ailleurs.
France Assos Santé Île-de-France remercie chaleureusement l’ensemble des intervenantes et intervenants, les structures venues présenter leurs actions ainsi que toutes les personnes présentes pour la richesse des échanges.
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